dimanche 6 juillet 2014

théâtre joué à des enfants de 10 ans (Libramont, le 8 mars 2014)

Il était une fois, au Moyen-Âge, dans le Pays de la Famenne, une bande de lutins joyeux que l'on appelait les « Nutons » et qui vivait au Fond des Vaulx, belle vallée sauvage encaissée.

Cette communauté de bons vivants rendait de menus services aux habitants de la localité de Marche-en-Famenne. Aussi voyait-on régulièrement ces petits êtres forger des fers à cheval, raccommoder des vieilles chaussettes et réparer les chaussures.

Les habitants de Marche appréciaient particulièrement leur savoir-faire et remerciaient bien volontiers les Nutons en leur procurant de la nourriture en échange de ces travaux. Cette tradition était bien implantée depuis des générations. Tout le monde y trouvait son bonheur.

Las, un jour ces joyeux drilles envahirent les rues de la cité médiévale. Les habitants, fort marris, convoquèrent le chef des Nutons pour lui demander des explications. Ainsi, ils apprirent qu'une bête formidable avait chassé tout le clan de leur territoire. Elle était terriblement effrayante avec ses vingt mètres de long, ses écailles de la taille d'assiettes, sa gueule de crocodile crachant mille feux et son dos garni d'une crête toute découpée.

La milice de la ville s'organisa et les gens d'arme partirent chasser celle que les nutons avaient appelé la « grosse bièsse ». Bien entendu, dans nos régions, tout le monde sait ce que veut dire « grosse bièsse ». Quand on appelle quelqu'un comme ça, c'est pas très gentil. Mais ici, c'était la réalité, c'était vraiment une grosse bestiole et lorsqu'ils virent le monstre, imposant comme deux éléphants, les valeureux guerriers engagèrent le combat. La bête crachait des flammes multicolores qui illuminaient les cieux et embrasaient les arbres.

La lutte était inégale et tournait à la déroute lorsqu'une longue plainte retentit par-delà les sommets de la vallée. La bête s'immobilisa et se mit à gémir. Au même moment, une petite fille arriva qui poursuivait son chien effrayé. C'est alors que le dragon mangea le chien. Tout le monde fuit et le dragon régna sur la région. On lui apportait tous les jours des chiens errants pour apaiser sa faim et éviter sa fureur destructrice. Et c'est ainsi que la grosse bièsse revint tous les ans à Marche pour réclamer son dû. Et donc, faites bien attention, les enfants, car la bête va maintenant vous manger.


« Allez, comme vous êtes sympa, je vais vous révéler la vérité – et comme cela, vous ne ferez pas des cauchemars cette nuit : ... » ( ;) ). En réalité, notre dragon avait un coeur d'artichau et quand la petite fille arriva avec son chien, le chien mordit la queue de l'immense bête pour protéger la fillette, mais, je dois à la vérité de dire que le dragon ne voulait aucun mal à celle-ci. En plus, il se mit à gémir lorsque le chien le mordit et fit fondre le coeur de l'enfant qui empêcha, par la suite, les gens d'arme de s'attaquer à la malheureuse et inoffensive grosse bièsse. La grosse bièsse accepta de se retirer mais promit de revenir tous les ans dire bonjour aux habitants de Marche et c'est ce qu'elle fait, chaque année, lorsqu'elle revient lors du carnaval.

samedi 21 décembre 2013


Voici deux récits qui peuvent se lire comme deux histoires différentes ou comme une suite... Cela ne constitue qu'une modeste esquisse de traditions d'un territoire culturellement très riche et passionnant.




  • Bonjour, Madame. Mon fils et moi sommes de Marche et mon fiston a entendu parler de la grosse bièsse en classe et il voudrait en savoir un peu plus. Pourriez-vous nous donner quelques renseignements supplémentaires ? Y aurait-il par exemple des lieux à visiter ou des livres retraçant l'histoire de la région ?
  • Comme tu en as sûrement entendu parler à l'école, petit , notre grosse bièsse anime le folklore marchois lors du carnaval du même nom. Mais sais-tu d'où elle vient et pourquoi elle vient nous dire bonjour chaque année ?
  • Madame nous a dit qu'elle venait d'une grotte au Fond des Vaulx.
  • C'est un début. Alors, écoute. Je vais te raconter l'histoire de la grosse bièsse. Au fait, je suppose que tu sais ce que veut dire « grosse bièsse ».
  • Oh ça, c'est facile : la grosse bête. C'est du wallon !
  • Voilà. L'histoire commence donc au Fond des Vaulx, où un petit peuple d'êtres des bois avaient élu domicile au Moyen Âge : les nutons. Ces êtres serviables et adroits de leurs mains rendaient de menus services aux habitants de Marche. Cordonnerie ou ferronnerie, aucun art ne leur échappait. C'est ainsi que les années s'écoulaient dans la plus parfaite harmonie entre les deux communautés.
  • C'est quoi, « les deux communautés » ?
  • Le peuple des nutons, d'une part, et les citoyens de Marche, d'autre part. Ils formaient deux groupes distincts avec des habitudes de vie et un mode de fonctionnement différent.
  • OK. Je comprends. Merci, m'dame.
  • De rien... Bon, je reprends mon récit. Mais un jour, les nutons sortirent des bois et vinrent envahir les moindre recoins de la ville. Les habitants, fort mécontents, ne l'entendirent pas de cette oreille et se plaignirent auprès du conte de l'époque. C'est ainsi que, après une rapide enquête, il apparut que les sympathiques personnages avaient été boutés hors de leur retraite par un monstre effrayant : la grosse bièsse, une espèce de dragon vert. En effet, celui-ci, venu de Dieu sait où, avait décidé d'élire domicile près du Fond des Vaulx. L'équilibre marchois étant rompu par cette menace, des gens d'armes furent envoyés sur place pour éliminer cette menace. Heureusement, l'histoire ne se termina pas comme on pourrait le croire par la mort de la valeureuse bête. Une petite fille se promenait avec son chien dans les environs du Fond des Vaulx et, bien sûr, elle rencontra le dragon. Son chien voulut la défendre et mordit la saisissante créature, qui se mit à hurler de douleur... comme un chaton l'aurait fait. Prise de pitié, la petite fille le ramena en ville, où la population voulut l'abattre. Mais notre petite héroïne prit sa défense et tous purent constater à quel point la bête était inoffensive. On scella l'amitié par un pot festif mais on demanda à la grosse bièsse de bien vouloir se faire discrète et d'évacuer les lieux, de sorte que les nutons puissent rentrer chez eux. La bête décida donc de partir et promit de revenir dire bonjour tous les ans aux habitants de Marche. Ceux-ci sont donc très heureux de la revoir lors des carnavals.
  • C'est peut-être juste un peu dommage que les nutons ne l'accompagnent pas, observe alors le papa.
  • Effectivement. Ce serait peut-être une idée à creuser pour le comité des fêtes. Quoique... La Plovinète représente les nutons.
  • Mais ils ne portent pas de barbe et n''ont pas un bonnet de nuton sur la tête!
  • C'est juste. Ils ne correspondent pas suffisamment à l'image que l'on se fait de ces créatures timides. Mais justement, elles sont timides et donc, on ne les voit pas. Qui peut dire finalement à quoi elles ressemblent?
  • Et vous auriez des livres à ce sujet?
  • Malheureusement non. Avis aux amateurs ! Les écrivains sont les bienvenus pour se pencher sur la question. Maintenant, si vous voulez voir des nutons, vous pouvez vous rendre au parc du Kaolin, à Libin. Voici une brochure. Je vous conseille de vous y rendre en été.

dimanche 10 novembre 2013

Parc du Kaolin. Libin. Forêt ardennaise. Autour d'un lac clair et enchanteur, qui les transporte dans un pays de rêve et de lumières, un jeune papa promène son fils de six ans à travers les merveilles de la nature. Cette excursion de deux habitants de Marche a été initiée par l'envie d'approfondir une riche légende de la grande région Famenne-Ardenne. C'est ainsi que le bambin, tout joyeux et un brin effronté, interpelle son papa tout en lui tirant prestement la manche :
- Oh, dis, p'pa! Regarde le nain couché là-bas! C'est le schtroumpf paresseux!
Courroucé, le petit lutin se lève tout de go et s'offusque :
- O là, jeune homme! Qu'entends-je? Tu me sembles bien irrévérencieux! Et vous, l'homme... ajoute-t-il, laisserez-vous votre impertinent gamin me traiter de "stroumphe" paresseux?!
-Oh? Eh bien, non... Regarde, mon chéri, tu vois bien que monsieur le nain n'a pas la peau bleue.
Le visage du sympathique Nuton vire alors au rouge vif - du plus bel effet - sous son bonnet de la même couleur:
- Tel père, tel fils! Je ne vous félicite pas et je vais vous botter l'arrière-train!!!
- Pardon! souffle le petit bout, honteux. Vous n'êtes pas le schtroumpf paresseux mais "dormeur" dans Blanche-Neige.
- Chéri, voyons... Souviens-toi de la légende de la "Grosse Bièsse" de Marche, il y avait des Nutons et celui-ci est certes un peu paresseux mais c'est bel et bien un de ces sympathiques petits personnages.
Sur ces paroles un brin audacieuses, le sympathique petit être au bonnet rouge et à la barbe touffue, bondit aussi sûrement que s'il fût une fusée sur la piste de décollage.
- De mieux en mieux, je ne suis pas paresseux!! Tenez-le vous pour dit une fois pour toutes! Et en plus, nous ne sommes pas un peuple légendaire puisque nous sommes ici devant vous... Voyez-vous, dit-il en adoucissant sa voix et en tempérant sa colère première, je suis cordonnier de mon état et la nuit passée, j'ai réparé des godasses sans me permettre la moindre relâche.
- Waw! Et à quoi cela a servi, Monsieur le Nuton?
- Bien... C'est mieux... Je vais tout te raconter, mon petit bout de chique. Nous, les Nutons, nous sommes des habitants des bois et il nous arrive d'être mandatés par les humains pour effectuer de menus travaux manuels. La plupart d'entre eux ne croient plus en nous. Comme vous l'avez dit, Monsieur, nous apparaissons tels une légende aux yeux de tous. Mais pour la toute petite minorité d'hommes et de femmes qui ont su rester au contact des choses de la nature... Je veux dire qui sont VRAIMENT restés au contact de la nature, avec une écoute sincère de celle-ci, nous remplissons de multiples rôles.
- Des tâches bien ingrates certainement, ne peut s'empêcher d'affirmer le paternel.
- Non! Bien au contraire. Nous apportons de la plus-value à notre travail. Les bottes et les sabots qui sont ainsi retournés chez leurs propriétaires sont plus solides que les modèles de base et... Tiens, regarde, petit. Tu vois cette paire de bottes?
- Oui.
- Il s'agit d'une paire de bottes magiques.
- Magiques? Non! s'enthousiasme la petite tête blonde.
- Si! Si! sourit l'être haut comme trois pommes. Mets-les.
L'enfant s'exécute avec un plaisir évident.
- Que sens-tu?
- J'ai envie de m'envoler. Je sens de la joie et beaucoup d'énergie!
- Là, je te fais confiance, bonhomme, tu as toujours trop d'énergie. Rien de bien sorcier à ça!
- Dis, papa, si on allait distribuer des cadeaux aux enfants pauvres?
Devant l'air interloqué du visiteur, le Nuton se presse d'ajouter :
- Ouïlle, on voit bien que c'est un enfant... L'effet magique est décuplé. Normalement, la personne qui a ces bottes aux pieds se retrouve avec de très bonnes dispositions envers son prochain... Mais là, ne m'en veuillez pas pour le dérapage incontrôlé, mais un enfant a toujours beaucoup plus le cœur sous la main. Enlève ces bottes, petit.
- Génial! Merci, m'sieur! Demain, nous irons avec papa porter des vêtements usagés au pauvres, hein, p'pa?
- On verra. Bien, il se fait tard, merci pour cette démonstration de magie et à bientôt.
- Monsieur, puis-je vous donner un conseil? Ce petit, votre gamin, d'abord, vous pouvez en être fier... Ensuite, faites comme il vous dit, donnez quelque chose aux pauvres. Cela ne vous coûtera presque rien et vous serez tellement fier de vous. Bon retour chez vous et bonne fin de semaine. A bientôt au domaine enchanté du Kaolin!