Il
était une fois, au Moyen-Âge, dans le Pays de la Famenne, une bande
de lutins joyeux que l'on appelait les « Nutons » et qui
vivait au Fond des Vaulx, belle vallée sauvage encaissée.
Cette
communauté de bons vivants rendait de menus services aux habitants
de la localité de Marche-en-Famenne. Aussi voyait-on régulièrement
ces petits êtres forger des fers à cheval, raccommoder des vieilles
chaussettes et réparer les chaussures.
Les
habitants de Marche appréciaient particulièrement leur savoir-faire
et remerciaient bien volontiers les Nutons en leur procurant de la
nourriture en échange de ces travaux. Cette tradition était bien
implantée depuis des générations. Tout le monde y trouvait son
bonheur.
Las,
un jour ces joyeux drilles envahirent les rues de la cité médiévale.
Les habitants, fort marris, convoquèrent le chef des Nutons pour lui
demander des explications. Ainsi, ils apprirent qu'une bête
formidable avait chassé tout le clan de leur territoire. Elle était
terriblement effrayante avec ses vingt mètres de long, ses écailles
de la taille d'assiettes, sa gueule de crocodile crachant mille feux
et son dos garni d'une crête toute découpée.
La
milice de la ville s'organisa et les gens d'arme partirent chasser
celle que les nutons avaient appelé la « grosse bièsse ».
Bien entendu, dans nos régions, tout le monde sait ce que veut dire
« grosse bièsse ». Quand on appelle quelqu'un comme ça,
c'est pas très gentil. Mais ici, c'était la réalité, c'était
vraiment une grosse bestiole et lorsqu'ils virent le monstre,
imposant comme deux éléphants, les valeureux guerriers engagèrent
le combat. La bête crachait des flammes multicolores qui
illuminaient les cieux et embrasaient les arbres.
La
lutte était inégale et tournait à la déroute lorsqu'une longue
plainte retentit par-delà les sommets de la vallée. La bête
s'immobilisa et se mit à gémir. Au même moment, une petite fille
arriva qui poursuivait son chien effrayé. C'est alors que le dragon
mangea le chien. Tout le monde fuit et le dragon régna sur la
région. On lui apportait tous les jours des chiens errants pour
apaiser sa faim et éviter sa fureur destructrice. Et c'est ainsi que
la grosse bièsse revint tous les ans à Marche pour réclamer son
dû. Et donc, faites bien attention, les enfants, car la bête va
maintenant vous manger.
« Allez,
comme vous êtes sympa, je vais vous révéler la vérité – et
comme cela, vous ne ferez pas des cauchemars cette nuit : ... »
( ;) ). En réalité, notre dragon avait un coeur d'artichau et
quand la petite fille arriva avec son chien, le chien mordit la queue
de l'immense bête pour protéger la fillette, mais, je dois à la
vérité de dire que le dragon ne voulait aucun mal à celle-ci. En
plus, il se mit à gémir lorsque le chien le mordit et fit fondre le
coeur de l'enfant qui empêcha, par la suite, les gens d'arme de
s'attaquer à la malheureuse et inoffensive grosse bièsse. La grosse
bièsse accepta de se retirer mais promit de revenir tous les ans
dire bonjour aux habitants de Marche et c'est ce qu'elle fait, chaque
année, lorsqu'elle revient lors du carnaval.