Voici deux récits qui peuvent se
lire comme deux histoires différentes ou comme une suite... Cela ne
constitue qu'une modeste esquisse de traditions d'un territoire
culturellement très riche et passionnant.
- Bonjour, Madame. Mon fils et moi sommes de Marche et mon
fiston a entendu parler de la grosse bièsse en classe et il
voudrait en savoir un peu plus. Pourriez-vous nous donner quelques
renseignements supplémentaires ? Y aurait-il par exemple des
lieux à visiter ou des livres retraçant l'histoire de la région ?
- Comme tu en as sûrement entendu parler à l'école, petit ,
notre grosse bièsse anime le folklore marchois lors du carnaval du
même nom. Mais sais-tu d'où elle vient et pourquoi elle vient nous
dire bonjour chaque année ?
- Madame nous a dit qu'elle venait d'une grotte au Fond des
Vaulx.
- C'est un début. Alors, écoute. Je vais te raconter
l'histoire de la grosse bièsse. Au fait, je suppose que tu sais ce
que veut dire « grosse bièsse ».
- Oh ça, c'est facile : la grosse bête. C'est du
wallon !
- Voilà. L'histoire commence donc au Fond des Vaulx, où un
petit peuple d'êtres des bois avaient élu domicile au Moyen Âge :
les nutons. Ces êtres serviables et adroits de leurs mains
rendaient de menus services aux habitants de Marche. Cordonnerie ou
ferronnerie, aucun art ne leur échappait. C'est ainsi que les
années s'écoulaient dans la plus parfaite harmonie entre les deux
communautés.
- C'est quoi, « les deux communautés » ?
- Le peuple des nutons, d'une part, et les citoyens de Marche,
d'autre part. Ils formaient deux groupes distincts avec des
habitudes de vie et un mode de fonctionnement différent.
- OK. Je comprends. Merci, m'dame.
- De rien... Bon, je reprends mon récit. Mais un jour, les
nutons sortirent des bois et vinrent envahir les moindre recoins de
la ville. Les habitants, fort mécontents, ne l'entendirent pas de
cette oreille et se plaignirent auprès du conte de l'époque. C'est
ainsi que, après une rapide enquête, il apparut que les
sympathiques personnages avaient été boutés hors de leur retraite
par un monstre effrayant : la grosse bièsse, une espèce de
dragon vert. En effet, celui-ci, venu de Dieu sait où, avait décidé
d'élire domicile près du Fond des Vaulx. L'équilibre marchois
étant rompu par cette menace, des gens d'armes furent envoyés sur
place pour éliminer cette menace. Heureusement, l'histoire ne se
termina pas comme on pourrait le croire par la mort de la valeureuse
bête. Une petite fille se promenait avec son chien dans les
environs du Fond des Vaulx et, bien sûr, elle rencontra le dragon.
Son chien voulut la défendre et mordit la saisissante créature,
qui se mit à hurler de douleur... comme un chaton l'aurait fait.
Prise de pitié, la petite fille le ramena en ville, où la
population voulut l'abattre. Mais notre petite héroïne prit sa
défense et tous purent constater à quel point la bête était
inoffensive. On scella l'amitié par un pot festif mais on demanda à
la grosse bièsse de bien vouloir se faire discrète et d'évacuer
les lieux, de sorte que les nutons puissent rentrer chez eux. La
bête décida donc de partir et promit de revenir dire bonjour tous
les ans aux habitants de Marche. Ceux-ci sont donc très heureux de
la revoir lors des carnavals.
- C'est peut-être juste un peu dommage que les nutons ne
l'accompagnent pas, observe alors le papa.
- Effectivement. Ce serait peut-être une idée à creuser pour
le comité des fêtes. Quoique... La Plovinète représente les nutons.
- Mais ils ne portent pas de barbe et n''ont pas un bonnet de nuton sur la tête!
- C'est juste. Ils ne correspondent pas suffisamment à l'image que l'on se fait de ces créatures timides. Mais justement, elles sont timides et donc, on ne les voit pas. Qui peut dire finalement à quoi elles ressemblent?
- Et vous auriez des livres à ce sujet?
- Malheureusement non. Avis aux amateurs ! Les écrivains
sont les bienvenus pour se pencher sur la question. Maintenant, si
vous voulez voir des nutons, vous pouvez vous rendre au parc du
Kaolin, à Libin. Voici une brochure. Je vous conseille de vous y
rendre en été.